Histoire succincte

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Histoire succincte

Message  Bruno BARRIER le Mar 13 Avr - 15:34

Bonjour à tous,

« Les cyclistes. Les gens les plus ignorés de l’armée. »
Capitaine Z (Louis Thomas, in « L’Armée de la Guerre »)

Au cours de la Première Guerre Mondiale, de très nombreuses missions sont confiées aux Groupes de Chasseurs Cyclistes au sein des Divisions de Cavalerie. Malheureusement peu connues.

1. Origine, organisation et missions

Napoléon, dans ses « mémoires », insiste sur la nécessité, pour la cavalerie, de disposer de fantassins « qui pourraient suivre la cavalerie au trot. »

Tout d’abord, nous n’insisterons jamais assez sur l’importance du règlement de l’amalgame qui perdure depuis la création des unités cyclistes. Cet amalgame réside, pour la majorité des Français et bon nombre de militaires de l’époque, dans la confusion entre les Chasseurs Cyclistes et les estafettes.

Les premiers cyclistes dans l’armée française se trouvent être les « vélocipédistes ». Les essais sont à mettre au compte du général Boulanger. En 1886 et pour la première fois, au cours des manœuvres du 18e Corps d’Armée, les « vélocipédistes » civils en tant que service de liaison sont employés. A l’issue des manœuvres, le général Georges Boulanger, ministre de la Guerre, prononce alors cette phrase : « le service des vélocipédistes est appelé à devenir important ».
Les civils de 1886 sont remplacés par des militaires dès 1887. Ces estafettes peuvent, si le cas se présente, servir d’éclaireurs ou de combattants. Elles demeurent cependant des réservistes qui rejoignent leurs corps pour les manœuvres ou la mobilisation. Ces derniers sont titulaires d’un brevet. Leur machine est rigide et personnelle. La mission d’estafette leur est assignée jusqu’en 1914. En temps de paix et hors manœuvres, les régiments peuvent affecter à cet emploi, temporairement, des hommes de l’armée d’active. L’organisation définitive du service vélocipédiste est réglementée par les textes des 2 avril 1892, 25 avril 1895, 20 mai 1905 et 16 décembre 1911.

L’infanterie cycliste française doit son apparition au Lieutenant Henri Gérard. Il comprend que la structure même de la bicyclette est la grosse objection qui sera toujours opposée à faire du cycliste un combattant. Le lieutenant entreprend des recherches sur la transformation de la bicyclette pour la rendre plus maniable en toute circonstance. Il y réussit. La bicyclette pliante « Gérard » est née. Elle est exposée au Salon du Cycle à Paris en décembre 1894.
Les premiers cyclistes militaires combattants apparaissent en France en 1895 lors des grandes manœuvres.
La création des premières unités cyclistes, sous forme de compagnies ou pelotons, remonte à 1899. Aux formations provisoires de la fin du siècle succèderont en 1903 cinq compagnies cyclistes formées avec les 6e compagnies des 2e, 4e, 9e, 18e et 25e Bataillons de Chasseurs à Pied.
Le commandant Gérard décède le 3 juin 1908, dans sa 49e année. Il est remplacé par le commandant Mordacq, chef de corps du 25e BCP. Grâce à l’appui de M Messimy, ministre de la Guerre, le commandant Mordacq obtient la création des groupes cyclistes.
Le 1er octobre 1913, les Groupes de Chasseurs Cyclistes (GCC) sont officiellement créés. Au nombre de dix, équipés de la célèbre bicyclette pliante modèle Gérard (mise au point par le lieutenant entre 1893 et 1894). Les GCC sont affectés aux dix Divisions de Cavalerie.
Les groupes sont désignés par le numéro de la division à laquelle ils sont affectés, mais les chasseurs cyclistes portent la tenue et le numéro du Bataillon de Chasseurs dont ils sont issus :
Dans l’ordre de lecture : Affectation, Numéro du Groupe de Chasseurs Cyclistes, Bataillon de Chasseurs auquel appartiendra le Groupe, Corps auquel le Groupe sera rattaché Garnison
1re DC-1er GCC-26e BCP-89e RI- Vincennes puis au fort de Noisy -le-Sec
2e DC-2e GCC-2e BCP-2e BCP- Lunéville
3e DC-3e GCC-18e BCP-54e RI- Compiègne
4e DC-4e GCC-19e BCP-19e BCP- Verdun
5e DC-5e GCC-29e BCP-106e RI- Châlons-sur-Marne
6e DC-6e GCC-13e BACP-99e RI- Lyon
7e DC-7e GCC-4e BCP-131e RI- Orléans
8e DC-8e GCC-15e BCP -44e RI- Montbéliard
9e DC-9e GCC-25e BCP-66e RI- Joué-les-Tours
10e DC-10e GCC-1er BCP-63e RI- Limoges


Quant aux missions de guerre assignées à ces chasseurs à part entière, elles sont multiples et périlleuses. Les GCC doivent :

• Suppléer à l’infériorité numérique en cavalerie,
• Précéder la cavalerie pour former une tête de pont et lui assurer un point de passage,
• Assurer à la cavalerie la traversée d’une zone difficile,
• Surprendre la cavalerie adverse,
• Protéger les cantonnements de la cavalerie quand cette dernière est au contact immédiat de l’ennemi,
• Soutien de cavalerie,
• Soutien d’artillerie,
• Empêcher la cavalerie ennemie de percer,
• Agir sur les flancs de l’armée adverse,
• Retarder les colonnes d’infanterie et les forcer à se déployer,
• En arrière-garde couvrir la retraite de l’Armée ainsi que sur un flanc,
• Dans l’offensive occuper rapidement un point d’appui important,
• Protéger la retraite de l’artillerie dépourvue de soutien,
• Dans la poursuite, reprendre le contact, écarter la cavalerie adverse et accrocher les arrière-gardes ennemies,
• Réserve mobile

Organigramme du groupe cycliste :
A la mobilisation d’août 1914, la composition des groupes de chasseurs cyclistes est changée. D’après le G.Q.G. des armées du Nord et de l’Est, état-major / 3e bureau « Notices Historiques des Divisions 1914-1918 », le groupe comprend : 10 officiers dont un médecin, 407 sous-officiers, caporaux et chasseurs, 18 chevaux et 7 voitures.

Etat-major
1 capitaine commandant le groupe
1 capitaine en second
1 officier médecin
1 officier d’approvisionnement et de détails

Petit Etat-major
17 hommes :
• Comptables
• Personnels d’approvisionnement
• Conducteurs
• Mécaniciens
• Infirmiers

3 pelotons de 2 officiers, 130 sous-officiers, caporaux et chasseurs
Chaque peloton est formé de trois sections.
Chaque section comporte 3 escouades.

Enfin 7 voitures équipent le groupe et ont un rôle distinct :
- Un caisson à munitions,
- Un fourgon à vivres,
- Quatre fourgons à bagages, un pour l’état-major et un par peloton,
- Un camion de réquisition pour le matériel cycliste.

Le chasseur cycliste, au début du conflit, est un militaire d’active, sélectionné sur ses aptitudes physiques. Il est équipé du fusil d’infanterie Lebel. Il ne porte pas de capote ni de havresac. Tout ceci contribue à en faire un combattant rapide, leste et très mobile.
A partir 1915, les réservistes de la cavalerie remplacent progressivement une partie des chasseurs cyclistes qui rejoignent un BCP en renfort. En juin 1916, l'effectif des GCC est réduit de moitié. En 1918, l’effectif est reporté cette fois ci à son maximum. C’est alors le retour des GCC au premier plan.

2. L’homme


Collection de l’auteur

Les hommes des groupes sont vêtus de la vareuse-dolman des chasseurs alpins. Ce vêtement possède un collet rabattu et des bourrelets d’épaules appelés aussi « boudins » ou « croissants ». Ces derniers empêchent les bretelles du vélo pliant de glisser. Ils touchent le képi, le pantalon culotte, les bandes molletières et les brodequins. Sans oublier le collet-capuche roulé sur le guidon et le jersey des alpins.
L’équipement, lui, comporte les bretelles de suspension modèle 1892 des troupes à pied, trois cartouchières modèle 1888 ou 1905, le ceinturon, le porte épée baïonnette avec passant Gérard, l’étui - musette (contient des cartouches, les vivres du jour, la cuiller et la fourchette) et le petit bidon de cavalerie avec courroie en cuir noir. Le bidon est porté à gauche et l’étui - musette à droite à l’inverse des corps d’infanterie.
La bretelle de fusil est plus grande (bretelle Gérard), cette rallonge s’explique par le souci de pouvoir accéder facilement au fusil en effet le port du vélo pliant oblige ainsi à placer l’arme sur la machine, de même, le passant du porte épée baïonnette, empêche l’arme de ballotter dans les jambes du cycliste. Une seconde musette, fixée sur la machine, contient deux jours de vivres de réserve, la gamelle, le jersey et des pièces de rechange pour le vélo.

3. La monture


Collection Yvick Herniou, Mémorail des Chasseurs, à Vincennes

La bicyclette pliée, conçue par le lieutenant Gérard, pèse 17 kg. Le diamètre des roues est de 65 cm, le pédalier principal est muni de 23 dents, celui arrière de 9 dents ce qui permet un développement de 5,5 m. Sa hauteur est de 0,75 m et sa longueur 1,5 m. Cette hauteur, adaptable, permet au chasseur cycliste, en cas de mauvaise surprise, de poser les pieds au sol et de faire feu sans descendre de machine. En 1894, le ministère de la guerre autorise l’achat de 120 de ces bicyclettes. Ces dernières sont toutes montées sur pneumatiques Michelin suite aux dures expériences auxquelles ont été soumises les machines à l’Ecole Militaire de Joinville. En effet ce pneumatique possède des atouts majeurs : une vitesse supérieure, le silence et épargne les trépidations au contraire des caoutchoucs creux. La commission de vélocipédie de l’armée avait fixé le parcours d’essai de ces vélos à la distance de 3600 km. Tous les 25 km, les machines étaient pliées (15 secondes), mises à dos de l’homme (15 secondes) puis remontées. En 1910, la pliante passe à 16 kg nue et 18,5 kg avec paquetage (collet, gamelle, nécessaire de réparation). C’est encore 3 kg de plus que le fantassin équipé. L’objectif demeure donc l’allégement de la machine. En 1914, les chasseurs cyclistes perçoivent la pliante « Gérard », ramenée au poids de 13 kg. Equipés ainsi, les cyclistes ont une vitesse moyenne de 10 à 12 km à l’heure. Ils sont capables de parcourir des étapes d’une moyenne de 60 (le minimum) à 100 km.
Les accidents les plus fréquents sont les crevaisons. Le chasseur accidenté sort la pièce de rechange, lorsqu’il la transporte, ou en fait la demande. Le mécanicien le rejoint et effectue la réparation. Ceci fait, tous deux rejoignent alors la colonne qui a poursuivi sa route.

Bonne lecture!

Cordialement,

Bruno
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